Créativité interculturelle

 






L’art et la créativité comme compétences interculturelles



La notion des « compétences interculturelles » théorisée par notre collègue Altay Manço est une des clés de voûte de l’approche de l’IRFAM. Il s’agit selon nous d’un concept opératoire pour l’intervenant socio-éducatif. Nos recherches et actions se focalisent ainsi autour de cette la notion considérée comme une capacité conférée par le contact des cultures aux personnes issues de l’immigration, à leur famille et aux professionnels amenés à travailler avec eux.

On peut ainsi poser l’existence de compétences des gens et des professionnels de l’action culturelle, ainsi que l’existence de compétences des systèmes politiques d’accueil et d’éducation. Ces compétences peuvent se révéler utiles dans le double effort d’intégration à la fois à la société d’accueil et à la fois au milieu d’origine des groupes issus des migrations. Elles s’actualisent à travers le développement de stratégies identitaires particulières. Par ailleurs, les travailleurs sociaux, les éducateurs, etc. mettent également en œuvre ce type de capacités professionnelles dans le cadre des actions de développement social et pédagogique les plus réussies avec ce public.

Comment valoriser ces compétences dans un espace démocratique ?

La réponse à cette question passe sans doute par l’exercice de l’expression culturelle qui peut être considéré comme le tremplin de la participation sociocritique, c’est-à-dire de la citoyenneté !

On propose comme piste concrète le déploiement de « lieux de frottement interculturel », des lieux de contact et de parole pour les personnes vivant dans des contextes socialement hétérogènes et culturellement diversifiés afin que l’expression devienne lien avec l’environnement et donc participation. Les compétences interculturelles sont des compétences de citoyenneté.

On pourrait dire que la compétence interculturelle correspond en partie à l’habileté de chacun à manipuler efficacement les différences entre valeurs et projets. Au bout de ce processus naissent et se consolident des « identités paradoxales » comme expression d’une autogestion créatrice aboutissant à des positions identitaires cohérentes parce que synthétiques et inattendues parce qu’originales.

Quant à l’intervenant socioculturel, sa compétence principale dans une telle approche pragmatique centrée sur le vécu des groupes « différents » semble être sa capacité à créer et à maintenir les conditions de la participation de tous à la « négociation » constitutive du lien social, sans en imposer l’issue. En particulier, les identités paradoxales des groupes « différents » doit être admise dans tout ce qu’elle a de non résolu : le rôle premier de l’intervenant n’est-il pas de veiller à la libre expression de ces paradoxes ?

Une fois respecté et accepté, le paradoxe de l’identité hybride prend une valeur importante. Tout être humain vit certes dans un contexte donné, mais il est également susceptible de construire des liens forts avec d’autres mondes, passés et futurs, des mondes se référant à des entités culturelles et géographiques diverses.

Les terrains artistiques, religieux ou spirituels sont pour certains psychanalystes, comme Winnicott, les champs privilégiés de la construction de paradoxes, car ces activités créatives permettent une médiation entre le Monde actuel et les autres expressions : « venir d’ailleurs » … n’est-ce pas un avantage conséquant pour créer son monde dans le Monde ?

  • Dans un souci de contribution à l’éducation à la diversité du plus grand nombre, cette question mérite d’être systématiquement prise en main par des équipes d’intervenants socioculturels « culturellement mixtes » et couvrant des champs aussi divers et variés que les langues, la musique, la spiritualité, la gastronomie, l’architecture, le tourisme, le sport, les beaux-arts, les arts appliqués, … et débouchant sur un débat public supporté par des séminaires, recherches, publications, expositions, concerts et autres événements. Ces champs, par leur diversité, recouvrent tout simplement l’ensemble des dimensions de la Vie et permettent d’apprécier l’expression des compétences interculturelles d’hommes et de femmes, à la rencontre de l’Autre.

  • Par ailleurs, on sait également que certains peuvent « sublimer » le conflit identitaire à travers une activité intense liée le plus souvent à l’expression et à la création (artistique, sportive, scientifique, journalistique, commerciale, médiatique, économique, etc.). Cette activité à caractère individuel peut être insérée dans un réseau de personnes partageant les mêmes préoccupations ; elle contribue à approfondir les liens entre la culture d’origine et la culture de la société d’accueil. Pareille stratégie peut en outre permettre une insertion socioprofessionnelle satisfaisante et rendre possible l’accomplissement d’un rôle de médiation interculturelle (créativité sociale, identification positive, etc.). Le conflit né de la rencontre des codes culturels différents peut être dépassé par divers procédés créatifs, censés synchroniser les divergences.

Pour approfondir ces deux types de liens entre activités (ré)créatives et le développement de relations interculturelles, on peut proposer diverses initiatives.

Ainsi, une étude sur les liens entre l’expression artistique et l’intégration sociale des jeunes issus de l’immigration pourrait être lancée. Celle-ci pourrait comprendre des rencontres avec des artistes issus de l’immigration et des institutions artistiques. Une réflexion pourrait également être développée sur les liens entre l’expression artistique et l’insertion socioprofessionnelle de personnes issues de l’immigration afin de produire des recommandations.

Ainsi, il s’agit, aussi, d’identifier et de valoriser les créateurs et les créatrices porteurs d’expressions culturelles diverses et engagés dans la construction de synthèses.

Dans cette partie du site de l’IRFAM vous trouverez aussi des références à des créations originales partant des expériences et des recherches-actions de l’institut. Ces créations picturales, théâtrales et musicales, nous les devons à des partenaires artistes qui accompagnent nos travaux et qui les enrichissent tout en nous offrant des supports pédagogiques et des illustrations inestimables.

Excellente découverte !


(Extrait de Diversités et Citoyennetés, n° 6,  juin 2006)



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