Notre philosophie

 

Préambule : la philosophie de la recherche scientifique à l’IRFAM




La question qui anime l’IRFAM en matière de recherche scientifique est la suivante : « comment passer des observations scientifiques à l’action sur le terrain ? Comment les rendre utiles à l’application ? » L’institut a ainsi élaboré sa propre méthodologie de recherche afin d’y répondre. Il est important de restituer ici cette « philosophie » afin d’appréhender dans quelle optique se situent les travaux menés au sein de l’institut.



Conceptualiser et contextualiser

Etant amené à intervenir auprès des acteurs de terrain qui sont en demande de compréhension des réalités psychosociales qui les entourent dans le cadre de leur travail professionnel et de leurs contacts avec leurs publics, l’Institut de Recherche, Formation et Action sur les Migrations conçoit la recherche scientifique comme une « traduction conceptuelle et contextuelle des réalités ».


Par « conceptualiser », il faut entendre
« mettre des mots sur des contenus observés et en faire découvrir de nouveaux ». Contextualiser implique « une prise de conscience des réalités dans nos contextes et en rapport avec d’autres réalités proches ou éloignées ».

Dès lors, l’activité scientifique de l’IRFAM vise à produire du savoir autour d’un objet défini et à travers une méthodologie donnée dont les résultats, rendus publics, sont vérifiables par d’autres. Ces activités permettent la production d’une vision nouvelle de l’action, de ses causes, de ses objectifs et de ses visées. Elles permettent de donner sens à l’action dans une société X et à décoder les messages venant du terrain, de l’action, de la première ligne. Ces activités permettent également d’interroger la pratique elle-même : « Où va-t-on ? Quelle signification a cette action ? Pour qui ? Dans quelle conception de la société et de l’humain ? etc. »



Une recherche impliquant les acteurs : la « recherche – intervention »

Pour être efficace et produire des effets concrets plus ou moins rapides, l’institut considère que la recherche doit impliquer les acteurs concernés par sa problématique selon divers degrés : la recherche est alors envisagée comme une « recherche-action » ou « intervention ». Ainsi, la recherche vise à produire du savoir et du savoir-faire autour d’une problématique définie et en général située dans le champ du changement institutionnel. Elle procède à travers une méthodologie partagée avec les acteurs considérés en tant que partenaires de recherche, de réflexion et d’action.

Ces acteurs disposent en effet d’une connaissance de « l’intérieur » des réalités dont la recherche traite, ce qui constitue une source d’information inestimable sur les actions, les publics concernés, les représentations que l’on en a, etc. Dès lors, les acteurs deviennent les pilotes de la production évolutive des connaissances et des actions, ainsi que de la définition des méthodes, des enjeux, de l’évaluation et de la diffusion finale des résultats de l’activité scientifique. Ils sont une garantie de l’application future des connaissances et de l’appropriation des méthodes développées.

La recherche est donc envisagée par l’IRFAM comme une forme de conscientisation qui interroge : « pourquoi ? ». C’est donc une praxis réflexive permanente qui permet aussi de faire de la médiation entre diverses cultures professionnelles : le chercheur d’une discipline, l’acteur d’un secteur, le décideur d’un niveau donné, etc.



La recherche comme reconstruction concrète de l’action et comme évaluation de ses effets

Au niveau du « comment ? », les activités de recherche peuvent permettre aux acteurs sociaux d’évaluer ce qui est possible en fonction des visions et des moyens existants ou à développer. C’est encore en ce sens que la recherche permet de faire de l’action. En outre, on envisage la recherche comme une évaluation des effets des pratiques, un examen permettant une rétroaction : c’est ainsi que la recherche permet d’adapter les visions, moyens et actions aux résultats des évaluations et diagnostics. Elle permet donc un retour à la réflexivité et ainsi de suite …

A travers la recherche, l’IRFAM tente de répondre aux questions suivantes :

Que produit ce que nous faisons sur les populations avec qui nous fonctionnons ? Effets mesurables, comment ? Sur qui ? Pour combien de temps ? Effets sur les comportements, les attitudes et les visions ? Effets immédiats et différés ? Effets visibles et cachés ? Effets désirables ou non ? Effets directs et indirects ? Effets attendus ou non ?

A cet égard, la mission de recherche de l’IRFAM se veut idéalement être la théorisation de la pratique de terrain : il s’agit d’identifier les « bonnes pratiques » et de les systématiser ou modéliser de façon théorique par une démarche comparative, afin de dresser une méthodologie qui sera ensuite applicable à d’autres cas/objets d’étude et d’action. C’est en ce sens que la recherche impliquée dans le milieu professionnel des acteurs de terrain produit concrètement des résultats et peut servir de guide à l’action des décideurs, comme des acteurs.



La recherche comme modalité de changement et de développement des visions, des pratiques
et des institutions

L’IRFAM envisage donc la recherche appliquée en sciences sociales comme une « recherche – développement », qui a pour objectif de produire un outillage ou une méthodologie concrète en fonction d’une problématique, d’un contexte et d’un objet considérés, de tester, modifier, adapter et de valider ce matériel nouveau, avec la participation des utilisateurs finaux, et de le diffuser, enfin. La recherche, lorsqu’elle est « impliquante », peut aussi devenir « recherche – accompagnement », « recherche – animation », « recherche – formation », « recherche – intervention », « recherche – évaluation ». Elle sert ici à l’identification, à la modélisation, à la transmission et/ou à l’implémentation d’une méthodologie d’action adaptée au contexte et à l’objet considérés. Enfin, l’IRFAM utilise parfois la recherche comme un outil de formation continuée afin de découvrir ensemble des réalités, d’apprendre par l’action, mais également de transférer vers les acteurs des méthodes et technologies utilisées par les chercheurs. La science appliquée aux actions par les acteurs eux-mêmes, c’est en quelque sorte les développer, les modéliser, les théoriser, les comparer avec d’autres initiatives, les diffuser, les partager.

Une des plus grandes particularités de l’IRFAM est ainsi de proposer une méthode de recherche-action-information-diffusion complète et intégrée. Le travail descriptif, l’observation et l’analyse, ainsi que le travail de diagnostic scientifique d’une situation donne donc lieu à une problématisation nouvelle qui appelle la définition d’actions pertinentes pour dépasser les problèmes identifiés. Cela correspond en général au lancement d’initiatives pilotes qui sont évaluées et le cas échéant disséminées par des processus de formation, séminaires et, enfin, des publications ad hoc. La diffusion de nouvelles technologies éducatives est alors accompagnée par nos spécialistes et donne lieu à l’évaluation de l’implémentation.


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